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samedi 19 décembre 2015

Féminisme

Avec le journal « La Provence », 

on rigole bien du viol



Il y a encore des journalistes qui pensent qu’on peut faire de l’humour avec un viol, et au passage dénigrer sa victime. La preuve avec l’article que le journal La Provence consacre à un « médecin tripoteur ».

Le 14 décembre, un entrefilet du journal La Provence titrait « Marseille : prison avec sursis pour le médecin tripoteur ». Le titre donne le ton de l’article, qui réussit tout à la fois à rire du viol et à blâmer la victime.

Sur un ton qui se veut « humoristique » (on peut rire de tout n’est-ce pas, surtout avec ses lecteurs... et sans doute moins ses lectrices), Denis Trossero s’emploie à nous conter les faits : « L’audacieux généraliste lui avait retiré son string, avait massée ses mollets jusqu’au dos, avant de la gratifier d’une tape sur la fesse. Autant de gestes médicaux peu conformes à la déontologie habituelle. » Voilà comment faire passer une agression sexuelle pour une consultation médicale un peu olé olé, au cours de laquelle le docteur aurait « poussé le bouchon un peu trop loin ».

Mais le pire arrive ensuite. Solidarité masculine oblige, le journaliste se range du côté du médecin, car « l’ennui » c’est que la patiente, pas bégueule, a « compris que les actes pratiqués n’avaient rien de médicaux » (traduction : a porté plainte pour agression sexuelle), et a alerté son mari qui est venu venger l’honneur de sa femme (et le sien) et s’en est aller « casser la gueule » à l’agresseur.

Conclusion de l’article : la condamnation (un an de prison avec sursis) + l’interdiction d’exercer pendant un an (!) + le dérouillage, c’est « la triple peine » pour le médecin.

Il ne manquerait plus que le sempiternel « elle l’avait cherché, il n’a pas pu résister » pour achever le renversement de la culpabilité ! Cela dit, le journaliste a bien précisé que la patiente portait un string, vêtement associé à la séduction, sans doute par souci du détail journalistique. Ou pour insinuer que dites donc, elle n’aurait pas un peu aguiché son médecin ? La question reste ouverte...

Aujourd’hui, c’est La Provence qui est épinglée, mais malheureusement le traitement sensationnaliste ou humoristique des violences envers les femmes est très fréquent. Et les violences des médecins envers leurs patientes ne sont pas si rares. En effet, certains profitent de leur statut de « spécialiste » et de l’aura qui l’accompagne pour imposer des traitements, moyens de contraception ou opérations sans réelle prise en compte de l’avis de leur patiente. Des violences tout aussi graves que des agressions sexuelles, de patientes ou de collègues, qui ne sont pas rares dans le milieu médical...

Au moment où ces violences commencent à être dénoncées (ici, ou encore là-bas), on rit jaune à ce genre de blagues...

La commission antipatriarcat d’AL

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