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samedi 3 octobre 2015

Autogestion

Scop-TI : Les Fralib en toute liberThé



Désormais vous savez quoi boire pour vous tenir chaud cet hiver : le thé 1336, comme les 1336 jours de lutte des ouvrières et ouvriers de Fralib contre Unilever. Après avoir fait plier la multinationale, ils et elles ont créé leur propre marque, et fondé une coopérative de production : Scop TI.




Le 28 septembre 2010, Unilever, mastodonte de l’agroalimentaire, annonçait la fermeture de l’usine Fralib à Gémenos près d’Aubagne, produisant tisanes et thés sous les marques L’Éléphant et Lipton. Unilever sacrifiait 182 salariés pour concentrer la production sur un nombre réduit de sites en Europe afin d’accroître la rentabilité.

Pas résigné-e-s pour autant, les Fralib se sont lancé-e-s dans une longue lutte pour conserver l’emploi, mais aussi pour produire autrement. Cinq ans plus tard, les salarié-e-s ont repris l’usine et relancé la production. Adieu Fralib, place à la Société coopérative ouvrière provençale de thés et infusions (Scop-TI). Exit les actionnaires, salut aux camarades sociétaires.

Le 26 mai 2014, la multinationale signait l’accord de fin du conflit. Au terme de 1336 jours de lutte, les Fralib sortaient victorieux. Leur butin de guerre : l’usine et les machines soigneusement entretenues, des primes de 100.000 euros par personne fournissant le capital de départ de la coopérative. Ce n’est toutefois pas une victoire complète, puisqu’ils et elles doivent renoncer à la marque historique L’Éléphant, ce qui les oblige à trouver et surtout à faire connaître une nouvelle marque, condition indispensable pour exister.

Carrefour des luttes à Gémenos, 28 juin 2013


1336 : le nombre de jours de lutte


Un an après, le 26 mai à 13h36 tapante les nouvelles marques ont été dévoilées : 1336 pour le nombre de jours de lutte, réservée à la grande distribution, et Scop-TI du nom de la coopérative, destinée aux magasins bio et aux réseaux commerciaux alternatifs. En faisant le choix d’un marketing combatif, les scoptistes prennent un risque mais réaffirment ainsi les principes qui les ont animé-e-s au cours de la lutte.

La Scop est constituée des 57 ex-Fralib qui ont choisi de devenir sociétaires en apportant leur prime de licenciement, la 58e sociétaire est l’association de soutien Force et Bon Thé. Le conseil d’administration est élu en AG pour quatre ans, il est révocable à tout moment.

La grille des salaires, décidée en assemblée, ne comporte que trois catégories : cadre, agent de maîtrise, opérateur. L’écart des salaires est de 1 à 1,3, alors qu’il était de 1 à 210 du temps d’Unilever. Les conditions de travail changent aussi, le 3 x 8 est abandonné, le fonctionnement est plus horizontal. Il reste du chemin à faire, ce n’est pas simple d’apprendre à travailler sans hiérarchie, certains s’accrochent par habitude au rôle d’exécutant.

 Fête de la Victoire à Gémenos, 4 juillet 2014


Cela change aussi du côté de la fabrication et de l’approvisionnement. Scop-TI revient à l’aromatisation naturelle abandonné par Fralib il y a des années. Dans le domaines des infusions, l’approvisionnement en circuit-court est privilégié. Mais la production française de plantes aromatiques et médicinale, trop chère, a fortement baissé, et n’offre pas les volumes nécessaires. La coopérative a la volonté de reconstruire des filières locales, en attendant elle s’approvisionnera aussi en Algérie et au Portugal. Dans le domaine du thé, l’objectif est d’avoir des relations commerciales équitables avec des producteurs du Sud, en offrant un prix supérieur à celui du marché, en s’assurant sur place des conditions de travail et de la qualité.

La production a recommencé cet été, en septembre les premiers paquets 1336 ont été mis en vente dans des enseignes de la région, et en octobre ils le seront au niveau national. Scop-TI c’est parti pour de bon !

Hervé (AL Marseille)
Alternative libertaire n°254, octobre 2015 

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