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mercredi 30 juin 2010

Pierre Stambul : peut-on critiquer Israel ?

Peut-on critiquer Israël ? En quoi les sionistes 
sont-ils légitimés pour instrumentaliser l’antisémitisme ?

L’expulsion des Palestiniens de leur propre pays s’est faite, il y a 62 ans. Ce nettoyage ethnique (800000 personnes expulsées de leur propre pays) s’est réalisé avec la complicité de la communauté internationale. Après des siècles d’un antisémitisme européen jalonné de nombreux pogroms, et immédiatement après le génocide nazi qui a entraîné la mort de 6 millions de Juifs (la moitié  des Juifs européens), l’Occident s’est « débarrassé » de sa responsabilité … sur le dos du peuple palestinien qui n’avait joué aucun rôle dans cette persécution.
Alors que la décolonisation (certes très imparfaite) a été la règle partout, la question palestinienne évolue à contre-courant. Plusieurs facteurs bloquent toute solution. Il y a la manipulation de l’histoire, des mémoires et des identités. L’Etat d’Israël et celles ou ceux qui soutiennent sa politique nient le crime fondateur, les droits du peuple autochtone, voire même l’existence de ce peuple. Pour eux la « légitimité » d’un Etat qui s’est proclamé « Etat Juif » et refuse toute citoyenneté aux autres habitants de la région est indiscutable et les Palestiniens sont des intrus. Ils en sont toujours aux mensonges initiaux : « une terre sans peuple pour un peuple sans terre », « du désert, nous avons fait un jardin », « les Arabes sont partis d’eux-mêmes » et ils défendent contre toute vraisemblance historique l’idée qu’après 2000 ans d’exil, les Juifs sont retournés dans leur pays.
Le sionisme est devenu une idéologie totalitaire qui prétend parler au nom de tous les Juifs. Depuis des années, une technique s’est bien rodée. Quiconque critique Israël et sa politique, quiconque défend les droits du peuple palestinien, est forcément un antisémite s’il n’est pas juif et un traître ayant la haine de soi s’il est juif. Quiconque dit ce qui est à l’œuvre : nettoyage ethnique, colonialisme, apartheid, crimes de guerre … est forcément un négationniste nostalgique d’Hitler.

Traître ou complice ?
Refusant d’avoir le choix entre être complice ou être un traître, je me sens donc sommé de dire « d’où je parle ». Je suis né en 1950 dans le souvenir omniprésent du génocide nazi. Mère née Dvoira Vainberg, communiste résistante dans la MOI, seule rescapée d’une famille nombreuse disparue (sans qu’on sache même où et comment) en Bessarabie. Père Yakov Stambul, membre du groupe Manouchian (l’Affiche Rouge), en « triangle » avec Jozsef Boczor et Emeric Glasz fusillés au mont Valérien. Il a été déporté à Buchenwald. Sa mère avait été 40 ans plus tôt une survivante du pogrom de Kichinev. J’utilise volontairement mes origines pour contester tout droit des sionistes à parler au nom de tous les Juifs ou au nom de l’antisémitisme et du génocide.
En 1948, Menachem Begin (le responsable du massacre de Deir Yassin) projetait de visiter les Etats-Unis. Les plus grands intellectuels juifs américains de l’époque (Hannah Arendt, Albert Einstein …) avaient signé une pétition demandant au président Truman d’arrêter ou d’expulser ce terroriste. Encore à cette époque, le mot « juif » évoquait Einstein, Arendt, Freud, Rosa Luxembourg… et pas Liberman, Barak , Livni ou Nétanyahou. 
Aujourd’hui, on assiste à un véritable acharnement consistant à effacer ce passé, à manipuler l’histoire, la mémoire et les identités juives. La caricature de ce hold-up, c’est un avocat sioniste français osant intenter un procès à Edgar Morin pour antisémitisme. Edgar Morin a été un grand résistant et il a écrit dans « Vidal et les siens », à partir de son histoire familiale, une étude de la trajectoire des Juifs venus de Salonique. Edgar Morin, comme de nombreuses personnalités françaises d’origine juive, trouve que la politique israélienne actuelle n’est pas seulement criminelle pour les Palestiniens et suicidaire pour les Israéliens, c’est aussi une caricature d’une histoire riche qui n’a rien à voir avec le militarisme colonial actuel.

Sionisme et antisémitisme
L’idéologie sioniste est une réponse, fausse à mes yeux, à l’antisémitisme. En 1880, environ 60% des Juifs du monde entier vivent dans un seul pays : l’empire russe et ils forment environ 10% de la population de la « zone de résidence » entre Baltique et Mer Noire. La société juive est en butte à un terrible antisémitisme d’état qui essaie de détourner la colère populaire contre les Juifs. Une partie de la population juive abandonne la religion. Les idées révolutionnaires influencent massivement les Juifs qui se sont prolétarisés et adhèrent en nombre à différents partis révolutionnaires dont le Bund. À contre-courant de ces idées, le sionisme considère que l’antisémitisme est inéluctable, que la lutte pour la citoyenneté ou l’égalité des droits n’a aucun sens et que la seule solution est la fuite et la colonisation de la Palestine. Dès le départ, le sionisme est une théorie de la séparation : juifs et non juifs ne peuvent pas vivre ensemble. Dès le départ, les sionistes n’ont qu’un seul but : construire le futur Etat juif et ils ne participeront que de façon très marginale aux luttes sociales, au combat pour l’émancipation ou à la résistance antifasciste. Dès le départ, le sionisme se sert de l’antisémitisme pour faire avancer son projet. Peu avant sa mort, Herzl rencontre un des pires ministres antisémites du Tsar (Plehve) pour lui expliquer que l’un et l’autre ont les mêmes intérêts : qu’un maximum de Juifs quittent la Russie. La persécution antisémite sera toujours décrite, notamment plus tard par Ben Gourion, comme une aide décisive pour convaincre les Juifs de partir en Palestine. Dès le départ, les sionistes qui prétendent réagir au pire des racismes se montrent totalement négationnistes vis-à-vis du peuple palestinien autochtone. Ils organisent sa dépossession bien avant le génocide nazi et envisagent très tôt l'expulsion qui sera réalisée en 1948.

Instrumentalisation du génocide
À la sortie du musée Yad Vashem de Jérusalem consacré au génocide, un monument symbolise l’issue « rédemptrice » selon les sionistes : la création de l’Etat d’Israël. Certes, le projet de création d’un Etat juif n’aurait pas abouti et même serait resté très minoritaire parmi les Juifs sans le génocide. Les Juifs qui avaient été considérés comme des parias en Europe, sont soudainement devenus dès 1945 de bons européens établissant une tête de pont au Proche-Orient et il y a eu un consensus international pour soutenir la création de l’Etat d’Israël et le nettoyage ethnique qui l’a accompagnée. 
Et pourtant, le sionisme a-t-il joué un rôle notable face au nazisme et au fascisme ? En fait, aucun mouvement politique et aucun Etat n’a voulu ou su faire face à cette « résistible ascension » du fascisme. Les Occidentaux ont refusé l’intervention en Espagne, ont signé les accords de Munich et plus tard pendant la guerre, n’ont rien fait pour empêcher l’extermination des Juifs. Les Soviétiques ont signé le pacte germano-soviétique. Ne parlons pas du Parlement français qui a voté les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain.
Mais les sionistes n’ont pas fait mieux et les faits qui suivent sont facilement vérifiables.
L’idéologue du courant révisionniste du sionisme, Vladimir Jabotinsky était un admirateur du fascisme italien et les méthodes qu’il a préconisées dès 1930 (le « transfert » des Palestiniens au-delà du Jourdain) s’inspirent du fascisme. Quand en 1933, les Juifs américains organisent un boycott contre l’Allemagne Nazi, Ben Gourion le brise aussitôt. L’organisation sioniste mondiale aura un bureau en Allemagne nazi jusqu’en 1941 et les Nazis favoriseront l’émigration des Juifs allemands ou autrichiens expulsés vers la Palestine (avec transfert de fonds) alors que la grande majorité d’entre eux préféraient partir en Occident. Pire, celui qui sera Premier ministre sous le nom d’Itzhak Shamir a dirigé avec Stern un groupe terroriste qui assassinera de nombreux soldats britanniques entre 1940 et 1943, ce qui en dit long sur l’intérêt que ce groupe portait au génocide en cours.
Il y a eu une résistance spécifiquement juive pendant la guerre, essentiellement communiste et bundiste (dans la MOI avec d'autres,  en Pologne avec l’insurrection du ghetto de Varsovie). Les sionistes n’y ont joué qu’un rôle marginal.
Israël s’est souvent présenté comme le havre de paix pour les Juifs après la guerre. Il n’y a qu’à écouter le discours de Sharon lors du 60e anniversaire de la libération d’Auschwitz, expliquant que l’extermination n’aurait pas eu lieu si Israël avait existé et accessoirement qu’Auschwitz justifiait ce qu’Israël inflige aux Palestiniens.
Il y a pourtant à dire sur l’arrivée des rescapés du génocide. À la fin de la guerre, des centaines de milliers d’entre eux sont dans des camps de réfugiés, essentiellement en Allemagne. Le Yiddishland a disparu. Ils attendent des visas pour l’Occident que la plupart n’obtiendront pas. En 1951, le dernier camp se révolte en Bavière et les derniers réfugiés sont expulsés … en Israël. 
Ces rescapés seront très mal accueillis en Israël. On opposera la prétendue résignation des victimes face à l’extermination, à l’Israélien nouveau fier de lui qui se bat et défriche son pays. Il reste aujourd’hui un peu plus de 200000 rescapés en Israël. La moitié d’entre eux touchent des pensions misérables et vivent sous le seuil de pauvreté, en particulier ceux qui sont venus des pays de l’Est. Régulièrement, des rabbins et non des moindres, insultent la mémoire des victimes en affirmant qu’ils ont pêché et que Dieu les a punis. Entre deux injures racistes contre les Palestiniens, le grand rabbin Ovadia Yossef, idéologue du parti Shass (Salah Hamouri est accusé sans preuve d’avoir voulu attenter à sa vie) s’est plusieurs fois livré à des diatribes contre les victimes du génocide.

La question du racisme en Israël
Pourquoi les institutions communautaires juives, si promptes à voir partout l’antisémitisme sont-elles aussi silencieuses face au racisme et aux discriminations en Israël ?
Il existe un racisme institutionnel contre les Palestiniens. Ceux qui ont la nationalité israélienne dans un Etat qui se dit « juif et démocratique » vivent les discriminations au travail (un grand nombre de métiers leur étant interdits), au logement, à la possession de la terre dans un pays où « légalement », 98% des terres sont réservées aux Juifs. Plus de 60 ans après la création de l’Etat d’Israël, plus de 100000 Bédouins du Néguev vivent dans des bidonvilles en plein désert. Leurs villages non reconnus sont détruits. Ils n’ont pas le droit de construire en dur, ils n’ont ni route, ni eau, ni électricité, ni école. On détruit leurs maisons dès qu’ils construisent en dur.
De très nombreux dirigeants israéliens profèrent régulièrement des injures racistes qui sont parfois des appels au meurtre contre les « Arabes » en toute impunité. Dans le cadre du « choc des civilisations » et de la « guerre du bien contre le mal », les médias israéliens considèrent le Hezbollah ou le Hamas comme des êtres démoniaques. D’où l’indifférence de l’opinion israélienne face aux crimes de guerre commis au Liban (2006) ou à Gaza (décembre-janvier 2008-9).
Que dire des Juifs séfarades ou Mizrahis venus des pays musulmans ? Avant l’avènement du sionisme, ils n’avaient jamais connu quelque chose d’équivalent à l’antisémitisme européen. Au contraire, quand les Juifs ont été expulsés d’Espagne, ils ont été accueillis au Maghreb et dans l’Empire Ottoman. C’est à la fois la construction d’un Etat juif expulsant les Palestiniens et le colonialisme européen qui vont déstabiliser ces communautés. Bien sûr, les régimes arabes ou le colonialisme français ont une responsabilité évidente dans le départ de communautés vieilles parfois de 2000 ans. Mais la propagande sioniste a joué un rôle essentiel. Il s’agissait de donner au nouvel Etat israélien le prolétariat qui lui faisait défaut après l’expulsion des Palestiniens. Quand les Juifs hésitaient à partir, tout a été fait pour les convaincre et par exemple les attentats de Bagdad de 1950-51 qui ont décidé la plus vieille communauté juive (celle d’Irak) à émigrer, ont été réalisés par des sionistes.
On a raconté une histoire assez fantastique aux Juifs venus des pays musulmans : « vous viviez dans des pays de sauvages au milieu des Arabes et les Ashkénazes (les juifs européens) vous ont sauvés en vous offrant un pays ». Ils se retrouvent aujourd’hui coupés de leur histoire, de leur culture, de leurs langues, de leurs racines. Les Juifs algériens qui étaient des autochtones ont dû quitter leur pays avec les colons à cause du décret Crémieux qui les a coupés de la population musulmane en les faisant passer du côté des colons.
Les Juifs du monde arabe ont souffert dès leur arrivée en Israël d’un racisme violent. On les a envoyés dans les régions périphériques ou désertiques. Ils ont occupé les emplois les plus dévalorisants, et leur niveau de vie en Israël est très nettement inférieur à celui des Juifs européens. Dans les années 50, des rayons X ont été expérimentés sur des enfants de Juifs marocains, on estime que le nombre de victimes tourne autour de 6000 morts. Il y a eu des révoltes dont celles des Panthères Noires. Les Juifs du monde arabe ont été éduqués à adopter une histoire, celle de l’antisémitisme européen, qui n’est pas la leur. Leur traumatisme, être coupé des Arabes avec lesquels ils avaient toujours vécu et être définitivement éloignés de leurs terres ancestrales, a été totalement nié et refoulé. Sans passé, ni présent, ni avenir, ils ont été une proie facile pour les partis de droite. 
Enfin il est difficile d’évoquer le racisme en Israël sans parler des Falachas. La fameuse opération visant à les sauver tourne à la farce sinistre. Il y a aujourd’hui près de 100000 Ethiopiens en Israël dont beaucoup n’ont rien à voir avec le judaïsme. Ils subissent un racisme violent, et pas seulement de la part des autorités religieuses.
La société israélienne est à l’unisson de l’occident sur les questions du tiers-monde et des migrations. Plusieurs milliers de Sans Papiers venus d’Afrique de l’Est sont enfermés dans des centres de rétention. Leurs enfants ne sont pas scolarisés et le gouvernement construit une barrière entre Gaza et la Mer Rouge pour les empêcher d’entrer. Il y a en Israël des centaines de milliers de travailleurs immigrés notamment venus de l’Est de l’Asie et ils subissent les mêmes discriminations que les immigrés vivant en Europe.

Devoir de mémoire ou devoir de soutien inconditionnel ?
Il aura fallu du temps pour que le nouvel Etat israélien réalise tout le profit qu’il y avait à créer une religion du souvenir. La mémoire ne peut pas être un devoir. La mémoire n’est pas un rite. Elle a un sens évident, comprendre ce qui a produit les horreurs et faire en sorte qu’il n’y ait « plus jamais cela ». Ce sens a été perverti.
Avec la création du musée Yad Vashem et le procès Eichmann, l’Etat israélien s’est autoproclamé seul dépositaire de la mémoire du génocide. C’est lui qui nomme les « Justes », celles et ceux qui ont sauvé des Juifs. Tous les ans, chaque Israélien doit s’arrêter au garde-à-vous pour célébrer la Shoah et le voyage à Auschwitz pendant les années d’études est obligatoire.
Et pourtant ! Dès les années 50, pour pouvoir retrouver sa place dans le concert des nations, l’Allemagne fédérale a décidé d’indemniser les victimes juives du nazisme (pas les autres, pourquoi ?). L’Etat d’Israël a reçu des milliards de marks qui ont joué un rôle décisif dans son développement économique. Or le chancelier Adenauer a un passé douteux sur la question juive et plusieurs de ses conseillers qui ont mis en place l’aide à Israël sont des anciens nazis. Les Israéliens ont fermé les yeux.
Aujourd’hui c’est pire. Un président polonais se fait élire avec le soutien décisif d’une radio antisémite (Radio Marya) et il est décrit par tout le monde comme un ami d’Israël. Dans les pays baltes ou en Croatie, des partis héritiers des collaborateurs qui ont joué un rôle majeur dans l’extermination des Juifs, se retrouvent au pouvoir. Peu importe, ce sont des amis d’Israël ! En France, des anciens du groupe fasciste Occident se retrouvent dans les Amitiés France-Israël.
Aux Etats-Unis, les « Chrétiens sionistes » sont très puissants. Ces intégristes affirment que les « Arabes, c’est Armageddon, c’est le mal », que les Juifs doivent les expulser de la terre sainte, mais que bien sûr après, ils devront se convertir au christianisme ou disparaître. Ce sont des antisémites, héritiers de l’antijudaïsme chrétien traditionnel. Les Chrétiens sionistes ont donné une aide financière décisive pour coloniser la Cisjordanie et en particulier pour construire Maale Adoumim qui coupe la Cisjordanie en deux et qui rend non-viable dans ces conditions tout hypothétique Etat Palestinien. Bref, il faut le dire, la colonisation est financée par d’authentiques antisémites.
Mais en Israël et chez ceux qui défendent inconditionnellement les gouvernements israéliens, le curseur  s’est déplacé. Tous les dirigeants politiques ont proclamé « qu’Arafat est un nouvel Hitler », que les Palestiniens sont les héritiers du nazisme (alors que, comme le montre Gilbert Achkar dans son livre « les Arabes et la Shoah », les sympathies arabes pour le nazisme ont été rares, à l’exception du mufti Amin al-Husseini). Le complexe de Massada fonctionne à fond qui persuade les Israéliens que les victimes, ce sont eux, et pas le peuple occupé. On ne traque plus les antisémites, on traque ceux qui critiquent Israël et qui sont « forcément » quelque part des antisémites. On a passé sous silence en Israël le fait qu’en 2002, les plus grands intellectuels palestiniens (Elias Sanbar mais aussi Edward Saïd et Mahmoud Darwish aujourd’hui décédés) ont empêché la tenue d’un colloque négationniste de Garaudy à Beyrouth. 

L’antisémitisme aujourd’hui.
Il n’y a pas eu dans l’histoire un seul antisémitisme. Il y a d’abord eu pendant des siècles en Europe l’antijudaïsme chrétien. Les deux religions ont été en concurrence au début de l’ère chrétienne et le christianisme est issu du judaïsme. Quand le christianisme devient religion d’Etat, les persécutions antijuives commencent. Ce sont les interdits, notamment la possession de la terre, l’enfermement dans les juderias ou les ghettos, les stéréotypes racistes, l’accusation de déicide, les expulsions et les massacres de masse. Quand l’émancipation des Juifs européens commence au XVIIIe siècle, cet antijudaïsme chrétien va se transformer en antisémitisme racial. Tous les nationalismes européens ont en commun l’équation simpliste « 1 peuple = 1 Etat » (idée reprise par les sionistes) et il y a un consensus antisémite considérant que les Juifs sont « apatrides et cosmopolites » et constituent un obstacle à la construction d’Etats ethniquement purs. Cet antisémitisme racial a produit les horreurs du nazisme.
Après 1945, c’est principalement l’extrême droite qui propage l’antisémitisme avec le renfort d’un petit courant venu de l’ultra-gauche (Rassinier) qui nie l’existence de l’extermination. Les principaux courants politiques n’affichent plus l’antisémitisme d’avant-guerre, mais il ne faut pas se méprendre. Il ne s’agit pas d’un sentiment de culpabilité, mais d’une joie que les Juifs aient un Etat et donc éventuellement qu’ils puissent partir. Déjà en 1917, Balfour, le créateur du « Foyer National Juif » était un antisémite. Son projet politique visait à la fois à créer une tête de pont européenne au Proche-Orient et à se débarrasser des Juifs européens.
Il y a aujourd’hui un risque que se développe une troisième phase de l’antisémitisme. Edgar Morin a utilisé le terme d’antiisraélisme. À partir du moment où les partisans de l’Etat d’Israël mélangent sciemment juif, sioniste et israélien, il est logique que les mêmes confusions aient lieu dans les rangs de celles ou ceux qui défendent les droits des Palestiniens. Il est tout à fait illusoire, face à ce phénomène, d’hurler à l’antisémitisme aux côtés de ceux qui nient les crimes commis par l’armée israélienne. La meilleure parade à cette possible montée d’un nouvel antisémitisme, c’est de faire ce que font les anticolonialistes israéliens ou ce que fait l’Union Juive Française pour la Paix : montrer en tant que juifs que nous sommes solidaires des Palestiniens, parce que cette guerre n’est ni une guerre raciale, ni un conflit communautaire, ni une guerre religieuse. Elle porte sur des questions universelles : l’égalité des droits et le refus du colonialisme. Et nous sommes solidaires aussi au nom de notre identité et de notre histoire.
En même temps, il existe et il a toujours existé en petit nombre d’authentiques antisémites qui se dissimulent derrière le combat pour la Palestine. Je citerai les groupies d’Israël Shamir, un curieux Israélien d’origine soviétique, le parti dit « antisioniste » dont le fondateur (Dieudonné) est devenu un familier de Le Pen ou le « parti des musulmans de France ». Ces groupes sont totalement infréquentables et faire un bout de chemin avec eux discrédite un combat mené au nom des droits fondamentaux.
L’antisémitisme est-il un racisme « à part », « hors norme » ?  Il l’a été car en général les communautés discriminées ne sont pas victimes d’un génocide systématique. Mais l’antisémitisme actuel n’est en rien comparable à ce qu’a été l’antisémitisme des années 30 ou 40 et par exemple en France, le racisme frappe beaucoup plus massivement les Noirs, les Roms et les Arabes.

La confusion organisée
Quand l’ONU a publié le rapport Goldstone confirmant que les troupes israéliennes avaient commis des crimes de guerre à Gaza, des défenseurs d’Israël ont affirmé qu’il s’agissait d’un rapport antisémite. Richard Goldstone est pourtant un Juif sud-africain réputé proche du sionisme.
Quand « l’association pour le bien-être du soldat israélien » (ABSI) n’a pas trouvé de salle pour faire sa réunion à Lyon, celle-ci s’est faite dans une synagogue. Mais si bien sûr, une synagogue est caillassée, il s’agira d’un acte antisémite.
Quand des militants se lancent activement dans la campagne BDS (boycott, désinvestissement, sanctions contre Israël) initiée par la société civile palestinienne, ils sont accusés d’antisémitisme et menacés directement par la ministre de la Justice.
Quand un conseiller régional interpelle M. Frèche, président de la région Languedoc-Roussillon, sur le soutien qu’il apporte à la construction du terminal Agrexco, compagnie qui exporte les produits des colonies de Cisjordanie, il est traité d’antisémite.
Quand la plupart des élus français vont au dîner du CRIF et acceptent benoîtement des propos considérant que toute critique d’Israël est antisémite, on marche sur la tête.
Ça suffit ! J’apporte publiquement mon appui et celui de l’Ujfp à Madame Biermann, citoyenne luxembourgeoise engagée, victime d’une accusation infamante d’antisémitisme lancée contre elle par le consistoire israélite. Oui, il existe un lobby qui use et abuse de l’antisémitisme pour interdire toute critique d’une politique criminelle. Oui, face à Etat qui se dit Juif, qui a installé des colonies « juives », qui prétend parler au nom de tous les Juifs et face à des institutions communautaires ou religieuses qui sont devenues les auxiliaires de cette politique, il est logique et normal d’interpeller les Juifs. Le crime se fait en leur nom, et c’est une des raisons de l’existence de l’Ujfp. Qu’ils cessent de soutenir une politique criminelle et suicidaire et qu’ils se souviennent de ce qu’a produit le soutien d’un grand nombre de pieds-noirs à l’OAS pendant la guerre d’Algérie.
À tous et à toutes ! Ne vous laissez pas intimider ! Ne confondez jamais juif, sioniste et israélien ! Et rappelez-vous que ceux qui défendent jour après jour et quoi qu’il arrive la politique israélienne n’ont aucun droit à vous traiter d’antisémite. Défendre les droits du peuple palestinien comme ceux de tout peuple est un devoir universel, quelles que soient nos origines.

Pierre Stambul

mardi 29 juin 2010

Rassemblement soutient aux sans papiers à Istres

Un rassemblement est organisé le lundi 28 Juin à 13H30 à la maison des syndicats à Istres pour aller au mas à Entressen à 15H00.


Pour soutenir 18 ouvriers marocains en règles, qui ont utilisés leur droit de retrait suite aux brimades, aux insultes et aux coups infligés par leur patron en plus de l'exploitation quotidienne qu'ils subissaient. Leur employeur déduisait des jours de salaires comme forme de punition pour être sortie sans autorisation du lieu de travail ainsi que tout un éventail  d'humiliations diverses et variés.

Ces ouvriers, ces travailleurs, ces exploités, ces dominés se sont fait agressés sur leur lieu de travail qui est aussi leur lieu d'hébergement par leurs patrons avec des battes de baseball et des jets de pierre

Camarades levons nous d'une meme voix réclamons justice pour ces ouvriers, réclamons le respect du droit des travailleurs qu'ils soient
d'ici ou d'ailleurs , des prolétaires de maniere plus globale.
Reprenons ce qui nous reviens de droit.

En esperant que nous serons nombreux à ce rassemblement afin de crier le dégout de ces pratique inhumaine.

D'après un communiqué de Fadela pour le collectif de soutient au sans-papiers 13

dimanche 27 juin 2010

Répression Sanglante en Argentine

Un flic assassine un jeune de 15 ans dans le quartier Boris Furman à Bariloche en Patagonie, au cours d'un énième "contrôle de police". La juste révolte du quartier, véritable ghetto où sont parqués les Mapuches, mène ses habitants à attaquer le commissariat où s'est planqué le meurtrier. La répression de l'État Argentin sera sanglante ...



Trois jeunes, dans un coin quelconque de n’importe quel quartier ouvrier. Quelques policiers décident « de les identifier » (c’est-à-dire de les arrêter pour vérification d’antécédents). Un jeune de 15 ans, mort avec le crâne traversé d’un projectile de 9 mm entré par la tempe.

Nous voyons cette scène quotidiennement, à Ingeniero Budge, à Rosario, à Ushuaia ou à Villa Lugano. Hier, nous l’avons vu à Bariloche, Province de Río Négro. Nous écoutons aussi l’excuse infiniment répétée : « le coup est parti tout seul », comme si l’arme avait une vie propre. Comme s’il ne fallait pas appuyer sur la gâchette pour que le coup parte.

Cette fois, le garçon s’appelait Diego Bonefoi et vivait à Bariloche. La juste colère du quartier s’est traduite dans une attaque du commissariat où s’était réfugié l’assassin. « La police doit se défendre », a dit son chef politique, le ministre du Gouvernement Diego Larreguy, et qui a justifié les quatorze blessés et les deux morts (un jeune de 29 et un adolescent de 16 ans) dans la bataille inégale des Ithakas et des Brownings contre des injures et des jets de pierres.

En 2006, CORREPI avait publié une série de notes dénonçant la situation d’apartheid qui prévaut dans la ville de Bariloche, dans le district de Alto, les quartiers ouvriers, militarisés sous une répression constante pour éviter que ses habitants enlaidissent, par leur présence, la zone du centre-ville destinée aux touristes riches. Nous avons décrit ce qui se passe tous les jours au cours des huit étapes à franchir pour accéder depuis les quartiers de El Alto (El Frutillar, San Francisco, 34 Has., etc.) vers la ville basse avec ses salons de thé et ses auberges raffinées. A chaque étape il y a des déploiements policiers permanents verrouillant le passage, et les piétons comme les passagers des transports collectifs doivent exhiber leurs papiers et expliquer pourquoi ils vont vers la “jolie zone”. C’est seulement s’ils sont convaincants et ont une mine “décente“ qu’on les laisse passer.

Nous avons insisté à de nombreuses reprises sur l’énorme quantité de détentions arbitraires (« justifiées » par la vérification des antécédents ou le code des contraventions), de coups, d’opérations de police, et du groupe spécial BORA (Brigada de Operaciones Rápidas y Antitumulto) dans les quartiers, avec ou sans un ordre judiciaire.

Nous dénoncions les intimidations et les attaques contre les habitants qui ont osé essayé de s’organiser contre la répression, comme la résidente du quartier 34 Hectares, Blanca Grande, qui a perdu un œil par une balle en caoutchouc lors d’une opération de police en 2006, et la succession des meurtres commis par la police, au nombre d’une cinquantaine depuis 1983 dans une province où vivent moins de 600.000 personnes.

La juste réaction des gens de Bariloche a empêché que l’exécution de Diego soit passée sous silence, comme ce la se passe pour la plupart des jeunes qui, au rythme d’un par jour, se font tuer par l’Etat avec sa politique disciplinaire de la gâchette facile et de la torture dans les commissariats de police, les prisons et les centres pour mineurs. Les médias ont pu prendre note, cette fois, de ce qui s’est passé. Rien de tel ne se produit pour le mort de chaque jour caché derrière les célébrations du Bicentenaire ou les exploits de la sélection nationale de football. Rien qu’à Moreno, province de Buenos Aires, trois jeunes ont été tués dans les 15 derniers jours : Sergio Casal (16 ans), abattu par la police fédérale, Ricardo Argañaraz (22 ans), a reçu trois coups de feu d’un gendarme, et un troisième est mort à l’intérieur du commissariat local. Dans le même temps, un garçon de 20 ans est mort incinéré dans une cellule de la police à General Acha, province de La Pampa et Saúl Perez (21 ans) a été abattu par un policier de Buenos Aires, dans la localité de Gregory Laferrère. Et il y en plus encore, partout dans le pays. Ce n’est pas un abus ou un excès ou un débordement ou une bavure. C’est une politique de l’Etat que tous les gouvernements qui administrent une société avec des riches et des pauvres appliquent consciemment pour que tous ceux qui doivent être disciplinés afin de tolérer l’oppression, apprennent à se taire et à obéir.

CORREPI – Coordination contre la répression policière et institutionnelle Ciudad de Buenos Aires, Argentina

jeudi 24 juin 2010

Soutien à la FAG


Les Camarades Brésiliens de la FAG inculpés en octobre dernier passent en jugement en cet fin du mois de Juin et font appel à la solidarité internationale (notamment financière) pour contrer la répression d'État. Si vous voulez en savoir plus et être mis au courant des initiatives de solidarités une boite mail à été mise en place : soutienfag@gmail.com .
Voici un bref rappel des faits :


Solidarité avec la Fédération Anarchiste Gaucha
contre la répression d'État au Brésil


Le jeudi 29 octobre 2009, la police civile de Rio Grande do Sul (région du brésil), commando au service de la Gouverneure Yeda Crusius, a fait irruption au local de la Fédération Anarchiste Gaucha (organisation libertaire Brésilienne). La police a saisi du matériel divers, comme des affiches, des procès-verbaux de réunions, la CPU d’un ordinateur, et même les poubelles du local. Elle a aussi tenté d’intimider ceux qui ne faisaient qu’apporter leur solidarité et qui se trouvaient enregistrés sur le site web de l’organisation. Il y a deux compañeros inculpés.

Cela fait des années que les compagnons de la FAG luttent contre l’exclusion et la précarité, en défendant la justice et des conditions de vie dignes. Leur travail avec les chiffonniers et cartonniers, avec les sans toit, avec les sans terre, est bien connu. En définitive, un travail qu’ils mènent depuis des années avec ceux d’en bas.

C’est là le motif pour lequel la police de l’État du Rio Grande do Sul a exercé la répression contre les compagnons de la FAG, un État plongé dans des scandales de corruption et qui adopte une attitude répressive face aux collectifs et organisations qui exercent simplement leur liberté d’expression pour critiquer les différentes politiques antipopulaires du gouvernement. C’est là la réponse gouvernementale face au refus social. Et la FAG n’est pas la première agressée, il faut rappeler l’assassinat du paysan sans terre Elton Brum ou la mort de Marcelo Cavalcante en février dernier.

A la suite d'un appel de différentes organisations libertaires internationales, nous tenons à faire part de notre condamnation énergique de ces actes répressifs. Nous voulons dénoncer l’incongruité de la politique gouvernementale brésilienne, une politique de droite avec un discours de gauche. Une politique qui est régie par les mêmes paramètres économiques que dictent les multinationales, et qui applique par conséquent les mêmes tactiques militaristes et répressives.

Non seulement nous condamnons la répression gouvernementale, mais nous voulons aussi manifester notre solidarité et notre soutien aux compañeros et compañeras de la FAG pour le travail qu’ils réalisent avec les gens simples de leur peuple, un travail constant et tenace que les pouvoirs gouvernementaux ont prétendu faire cesser au moyen de la terreur, de l’intimidation et de la répression, mais nous sommes certains qu’ils ne vont pas y parvenir.

Contre la réforme des retraites





Rendez vous le Jeudi 24 Juin au vieux port à partir de 10h30 pour manifester contre cette nouvelle attaque visant à nous faire payer la crise du capitalisme.






Dans les entreprises, les quartiers, les universités : Construire la grève générale contre la casse des retraites

Le gouvernement a annoncé le 16 juin le mesures qu’il allait prendre dans le cadre de la réforme des retraites. Alors que le mouvement social s’oppose depuis des mois au report de l’âge de départ comme à l’allongement de la durée de cotisation, le gouvernement a fait le choix d’ignorer la volonté populaire, en reculant l’âge de départ à 62 ans et en portant la durée de cotisation à 41 ans et 3 mois dés 2013.

Un objectif : la baisse des pensions

Ces mesures ont pour seul objectif la baisse des pensions, afin de diminuer la part patronale dans le financement des retraites et d’approfondir le mouvement de transfert de richesses en faveur des capitalistes. La plupart des salarié-e-s n’atteindront jamais l’âge légal et le nombre requis d’annuités, ou alors au chômage ou au RSA, ce qui occasionnera de sévères décotes.

L’offensive gouvernementale est enrobée dans une série de rideaux de fumée destinés à faire croire que les revendications populaires ont été entendues.

Les hauts revenus et les revenus du capital seront mis à contribution, mais de manière purement symbolique. Les travailleurs ayant eu des métiers pénibles devront prouver qu’ils sont effectivement en mauvaise santé pour pouvoir partir à 60 ans. Les jeunes précaires auront davantage de trimestres validés au chômage, mais resteront plus longtemps sans emploi car ceux-ci seront occupés par des travailleurs plus âgés, en quête de leurs ultimes annuités…

Pour financer nos retraites, faisons payer le capital

Pourtant, d’autres solutions sont possibles. Il y a aujourd’hui bien plus de richesses qu’au moment de la création des retraites en 1947.

Le vrai problème qu’aucun politicard n’aborde, c’est la répartition de ces richesses. On pourrait très bien aujourd’hui réduire le temps de travail, réduire la durée de cotisation et augmenter les salaires et les retraites.

Mais pour cela, il faut s’attaquer aux revenus du capital. Le patronat et le gouvernement n’hésitent pas, eux, à s’attaquer aux revenus du travail. Alors qu’ils sont pleinement responsables de la crise, ils font le choix de la faire payer aux classes populaires. La situation est déjà très difficile pour les travailleuses et les travailleurs : les licenciements, les restructurations multiples dans le public comme dans le privé, l’augmentation de la précarité causent une souffrance au travail de plus en plus grande. Pourtant, ça n’empêche pas patronat et gouvernement d’exiger que nous bossions plus longtemps pour eux.

La situation est la même partout dans le monde.

En Grèce, ils n’hésitent plus à diminuer les retraites et les salaires et à virer des fonctionnaires. C’est ce qui nous attend si nous ne relevons pas la tête pour dire stop, pour faire cracher le capital, pour imposer une autre répartition des richesses et une autre organisation de la société.

Notre arme, c’est la grève

Partout dans le pays, des collectifs contre la réforme des retraites s’organisent, à l’image des collectifs contre la constitution européenne en 2005 ou des collectifs contre la privatisation de la Poste à l’automne dernier. Ces collectifs sont utiles pour mobiliser dans les quartiers et mener la bataille idéologique. Mais pour faire reculer le gouvernement, la construction d’une grève interprofessionnelle reconductible sera incontournable.

Cela peut sembler un peu illusoire. Ça ne l’est pas. Les seules véritables illusions, c’est de s’imaginer que les directions syndicales appelleront à la grève générale, que le PS va s’engager dans la bataille dans un autre but que de redorer son blason pour 2012. C’est bel et bien à nous de construire ce mouvement dans les entreprises, en regroupant dès maintenant les syndicalistes prêts à se battre contre la réforme et en mettant largement en débat la question de la grève générale, entre organisations syndicales et avec tous les salarié-e-s. Une victoire d’ampleur changerait complètement la donne après la série de défaites que nous avons encaissées ces dernières années. Si nous gagnons, cela montrerait que l’action collective a un sens, que la redistribution des richesses est possible, qu’il ne faut pas se résigner.

mercredi 23 juin 2010

Carton rouge et noir pour la Coupe du Monde



COUPE DU MONDE ... FRIC IMMONDE

(Traduction / adaptation d’une déclaration du Front Anarchiste-Communiste Zabalaza d’Afrique du Sud au sujet de la Coupe du Monde de foot)

La Coupe du Monde 2010 doit être exposée publiquement comme l’imposture absolue qu’elle est. Le Front Anarchiste Communiste Zabalaza (ZACF) condamne fermement l’audace et l’hypocrisie du gouvernement qui présente cette occasion comme une opportunité unique "une fois seule dans sa vie » pour l’amélioration économique et sociale des personnes vivant en Afrique du Sud (comme sur le reste du continent). Ce qui est clair - à tel point que c’en est éblouissant - ce que cette "opportunité" a été et continue d’être celle de la gloutonnerie frénétique de l’élite dirigeante sud-africaine comme du capital national ou global. En fait si la Coupe du Monde a un effet, il est probable que ce ne soit que des conséquences dévastatrices pour les pauvres d’Afrique du Sud et pour la classe ouvrière - processus qui est déjà à l’oeuvre.

En se préparant à accueillir la Coupe du Monde, le gouvernement a dépensé près de 800 millions de rands [soit plus de 85 millions d’euros] (757 millions pour le développement des infrastructures et 30 millions pour des stades qui ne seront plus jamais remplis après). C’est une immense gifle au visage de tous ceux qui vivent dans un pays caractérisé par une extrême pauvreté, avec près de 40% de chômage. Au cours des cinq dernières années, les travailleurs pauvres ont exprimé leur indignation et leur déception face à l’incapacité du gouvernement à corriger les inégalités sociales massives, organisant dans tous le pays plus de 8000 manifestations pour exiger les services de base [eau, électricité, santé, ...] et des logements. Cette répartition par l’Etat des dépenses est une preuve supplémentaire du mode de maintenance du modèle raté capitaliste néolibéral et de sa politique économique du "ruissellement" [1], qui n’a fait qu'approfondir les inégalités et la pauvreté globalement. En dépit d’affirmations contraires antérieures, le gouvernement a finit par le reconnaître en faisant vole face : il prétend maintenant qu’il n’a jamais été dans son intention que ce projet soit bénéficiaire [2].

L’Afrique du Sud a désespérément besoin d’infrastructures publiques de grande échelle , en particulier dans le domaine du transport public qui est presque entièrement absent dans certaines villes, notamment à Johannesburg. Le « Gautrain », [sorte de RER] qui a été lancé mardi le 8 juin (juste à temps pour le grand événement) est probablement la plus grande ironie ici : dans un pays où la grande majorité des habitants dépend pour ses transport quotidiens de longue distance des taxis/mini-bus privés sans aucune condition de sécurité, le Gautrain offre grande vitesse, transport de luxe pour les touristes et pour ceux qui voyagent entre Johannesburg et Pretoria [distantes seulement de 54 km]... Mais qui peut se l’offrir, quand un simple aller entre l’aéroport et Sandton [ville du cente d’affaire de Johannesburg] vous coute déjà 100 rand [soit plus de 10 euros, le salaire moyen de ceux qui travaillent étant de 570 euros]. La même image se révèle partout : la compagnie des Aéroports d’Afrique du Sud (ACSA) a dépensé plus de 1,6 millions d’euros pour la mise au norme des aéroports, l’Agence nationale des routes sud-africaine, privatisée, (SANRAL) a dépensé plus de 2,3 millions pour un nouveau réseau de routes à péage... Tout cela justifiera la mise en œuvre de mesures d’austérité drastiques pour récupérer les millions dépensés dans ces infrastructures dont la plupart sont d’un intérêt nul pour les africains du sud pauvres [l’écrasante majorité du pays] Partout dans le pays, les municipalités se sont embarquées dans des schémas de rénovation urbaine ... accompagné de leurs inséparables programmes de « gentrification » (boboisation), le gouvernement tentant hâtivement de cacher sous le tapis la crue réalité de l’Afrique du Sud. Rien qu’à Johannesburg, ce sont plus de 15 000 personnes sans abri et enfants des rues qui ont été raflés et jetés dans des « abris » ; au Cap la municipalité a expulsé des milliers de personnes des zones pauvres et des camps de squatters dans le cadre du projet « World Cup vanity » [« rendre la ville coquette pour la coupe du monde »]. La ville de Cape Town a tenté - en vain - d’expulser de leurs maisons les 10 000 résidents du bidonville Joe Slovo afin de les cacher aux yeux des touristes voyageant le long de l’autoroute N2. Ailleurs il ya eu des déportations pour faire place à des stades, à des parkings pour les touristes, ou à des gares [3]. A Soweto, les routes sont embellies le long des itinéraires touristiques et ceux de la FIFA (fédération internationale de foot), tandis que les écoles adjacentes exhibent toujours leurs fenêtres cassées et leurs bâtiments en ruine.

Bien que de nombreux Sud-Africains ne sont toujours pas convaincus, d’autres sont inondées et emportés par le déluge de propagande nationaliste visant à détourner l’attention par le cirque qu'est la Coupe du Monde. Chaque vendredi a été déclaré "journée du foot", dans lequel la « nation » est encouragée (et les écoliers forcé) à porter le t-shirt des Bafana-Bafana [l’equipe nationale de l’Afrique du sud]. Les voitures sont affublées de drapeaux, les gens apprennent la "diski-danse", qui est régulièrement démontrée dans tous les restaurants touristiques. Il est de rigueur d’acheter les poupées de la mascotte Zakumi. Quiconque ose exprimer un doute sur ce battage est dénigré comme antipatriotique : L’exemple le plus significatif a été l’appel lancé aux grévistes du Syndicat des transports (SATAWU) d’abandonner leurs revendications "dans l’intérêt national » [4]. Dans un contexte où près d’un million d’emplois ont été perdus au cours de la seule dernière année, les déclarations du gouvernement sur la création de plus de 400 000 emplois par la coupe du monde sont vides et insultantes. Les emplois qui ont été créés dans la foulée sont le plus souvent précaires ou en CDD (contrats à durée déterminée), par des travailleurs qui ne sont pas syndiqués et qui sont rémunérés très en dessous du salaire minimum.

En dehors de la répression contre les syndicats, les mouvements sociaux ont reçu la même hostilité de l’État, qui a officieusement mis une interdiction générale de toutes les protestations pendant la durée de l’événement. Jane Duncan, [de l’institut pour la liberté d’expression] a put démontrer que cette politique est à l’œuvre depuis le 1er mars dernier :

Une enquête menée auprés des municipalités accueillant la Coupe du monde a révélé qu’une interdiction générale de tout rassemblement est en cours. Ainsi dans la municipalité de Rustenberg, « les rassemblements sont fermés pour la Coupe du Monde ». La municipalité de Mbombela été informée par la police nationale qu’ils ne permettront aucun rassemblement au cours de la Coupe du Monde. La conseil municipal du Cap a indiqué qu’il continuerait de recevoir les demandes pour l’organisation de marches, mais a indiqué que « cela pourrait être un problème » pendant la période de la Coupe du Monde. Selon Les municipalités de Nelson Mandela Bay et de Ethekwini, la police n’autorisera pas non plus les rassemblements pendant la période de la Coupe du Monde [5].

Même s’il est clair que la constitution d’Afrique du Sud, souvent salué pour son caractère « progressiste » est loin d’être la garantie de liberté et d’égalité que prétend le gouvernement. Cette nouvelle forme de répression est clairement en contradiction avec le droit constitutionnel à la liberté d’expression et de réunion . Toutefois, les mouvements sociaux à Johannesburg, dont le Forum anti-privatisation et plusieurs autres n’ont pas renoncé si facilement. Ils ont obtenu une autorisation pour une marche de manifestation le jour même de l’ouverture, avec l’aide de l’Institut pour la liberté d’expression (Freedom of Expression Institute). Toutefois, la marche devra se tenir à trois kilomètres du stade où elle n’attirera pas cette sorte d’attention des médias susceptible d’inquiéter le gouvernement.

Non seulement l’Etat a usé d’une répression sévère contre les pauvres et contre toute activité ou manifestation anti-Coupe du Monde, le tout sous un déguisement qui dépeint l’Afrique du Sud comme un hôte tendant ses bras grands ouverts en invitation à ceux qui affluent vers ses hôtels haut de gamme, ses chambres d’hôtes et ses salons à cocktails, mais il le fait sous la direction de l’empire criminel légal de Sepp Blatter et ses amis appelé FIFA (admirablement dénommé THIEFA [le club des voleurs en anglais] par le Forum social de Durban). Non seulement ils attendent de la coupe 2010 des retombées de quelques 1,5 millions d’euros, mais ils ont déjà gagné plus de 1 million d’euros rien que des seuls droits de retransmission télé.

Les stades et les zones autour des stades, qui ont été remis à la FIFA pour la durée du tournoi (« des cocons libres d’impôt », instaurant des zones contrôlées et surveillées par la FIFA et exonérés de l’impôt normal et des autres lois étatiques), y compris les routes et les points d’accès, ont été débarrassée de toute personne vendant des produits sans licence ainsi que de ceux qui essaient de joindre les deux bouts dans les camps de squatters autour des routes de l’aéroport. Ainsi, ceux qui comptaient sur leurs ventes lors de la Coupe du monde pour augmenter leur revenu de survie sont laissés de côté dans le froid « ruisselant » libéral.

La FIFA, en tant que propriétaire exclusif de la marque Coupe du Monde et de ses produits dérivés, dispose d’une équipe d’une centaine d’avocats qui éclusent le pays pour traquer toute vente non autorisée de ces produits et pour surveiller la commercialisation de la marque. Les produits illégaux sont saisis et les vendeurs sont arrêtés en dépit du fait que la plupart en Afrique du Sud et sur le continent achetent leurs produits dans le secteur du commerce informel. Car très peu ont les 400 rands (40 euros) à craquer pour les T-shirts des équipes et autres gadgets. Les journalistes ont également été efficacement bâillonnés, leur accréditation officielle incluant une clause d’agrément qui empêche les organisations de médias de critiquer la FIFA, compromettant ainsi clairement la liberté de la presse [6].

L’ironie majeure de cette histoire c’est que le football était à l’origine le jeu de la classe ouvrière. Aller regarder les matchs dans les stades était une activité bon marché et facilement accessible aux personnes qui choisissaient ainsi de passer 90 minutes en oubliant les corvées quotidiennes de leur vie sous la botte du patron et l’État. Aujourd’hui, le football professionnel et la Coupe du Monde apportera des bénéfices exorbitants pour une petite équipe de l’élite mondiale et nationale (avec des milliards de dépenses inutiles surtout dans un moment de crise capitaliste mondiale) qui font payer à leurs clients-spectateurs des milliers de rands, livres, euros, etc à chaque saison pour regarder d’écoeurant footballeurs surpayés tomber et plonger sur des terrains super-entretenus, et qui se chamaillent, par le biais de leurs agents parasitaires, pour savoir si ils sont dignes ou pas de leurs salaires mirobolants. Un jeu qui, à bien des égards, maintient sa beauté esthétique, a perdu son âme ouvrière et a été réduit à une autre série de produits destinés à être exploités.

Bakounine [le fameux révolutionnaire anarchiste] a dit que « les gens vont à l’église pour les mêmes raisons qu’ils vont dans un bistrot : pour s’abrutir, pour oublier leur misère, pour s’imaginer être, pour quelques minutes, ailleurs, libres et heureux. ». Peut-être que nous pouvons dire la même chose du sport, avec ces drapeaux nationalistes agités aveuglement et les beuglement dans les trompes et autres vuvuzela, tellement cela semble plus facile d’oublier que de prendre part au combat contre l’injustice et l’inégalité.

Mais nombreux sont ceux qui continuent le combat, et la classe ouvrière, les pauvres ainsi que leurs organisations ne sont pas aussi malléables aux illusions que le gouvernement voudrait le croire. Des constructions de camps de squatters temporaires aux portes mêmes des stades jusqu’au manifestations massives, des actions de grève générale - autorisée ou non - malgré les sarcasmes, les quolibets et les étiquettes « antipatriotique », la suppression de la liberté d’expression, nous ferons entendre avec défi nos voix pour dénoncer publiquement les inégalités terribles qui caractérisent notre société et les enjeux mondiaux qui se jouent au détriment de la vie de ceux sur lesquels sont construits les empires qui seront, en fin de compte, détruits.

samedi 19 juin 2010

Retraites : le gourvernement veut faire payer la crise aux classes populaires



Retraites : le gouvernement veut faire payer les classes populaires


Le gouvernement a annoncé le 16 juin le mesures qu'il allait prendre dans le cadre de la réforme des retraites. Alors que le mouvement social s'oppose depuis des mois au report de l'âge de départ comme à l'allongement de la durée de cotisation, le gouvernement a fait le choix d'ignorer la volonté populaire, en reculant l'âge de départ à 62 ans et en portant la durée de cotisation à 41 ans et 3 mois dés 2013.

Ces mesures ont pour seul objectif la baisse des pensions, afin de diminuer la part patronale dans le financement des retraites et d'approfondir le mouvement de transfert de richesses en faveur des capitalistes. Les salarié-e-s n'atteindront jamais l'âge légal et le nombre requis d'annuités, ou alors au chômage ou au RSA, ce qui occasionnera de sévères décôtes. L'âge où les salariés pourront partir sans décôte est lui aussi repoussé de 65 à 67 ans, âge supérieur à l'espérance de vie en bonne santé de la plupart des travailleurs et des travailleuses, notamment celles et ceux ayant des emplois pénibles. Alors que les pensions sont déjà trop faibles, le gouvernement ambitionne de faire basculer une bonne partie des classes populaires dans la misère, au bénéfice d'une minorité de nantis pour qui la retraites n'existent pas, puisqu'ils n'ont jamais travaillé !

L'offensive gouvernementale est enrobée dans une série de rideaux de fumée destinés à faire croire que les revendications populaires ont été entendues. La pénibilité sera prise en compte, mais sur un mode purement individualiste : les salarié-e-s souffrant « d'un affaiblissement physique avéré » pourront encore partir à 60 ans, mais cet affaiblissement sera déterminé par une visite médicale, soumis à un arbitraire inacceptable et accordé de manière purement individuelle et non en fonction de la catégorie sociale ou de la branche d'activité, alors que les ouvriers ont une espérance de vie inférieure de plusieurs années à celle des cadres. Faudra-t-il que les travailleurs et les travailleuses s'auto-mutilent à 60 ans pour gagner leur droit à partir à la retraite ?

Les femmes seront elles aussi les victimes de cette réforme : par exemple, le droit pour les fonctionnaires ayant eu 3 enfants à un départ anticipé, dispositif dont 99% des bénéficiaires étaient des femmes, sera supprimé.

Les jeunes précaires pourront valider davantage de trimestres en période de chômage non indemnisé (6 au lieu de 4 actuellement). Mais la pression sur les plus de 60 pour qu'ils continuent à se tuer à la tâche provoquera une hausse du chômage des jeunes qui fera plus que compenser cette avancée factice. Alors que les effets de la crise sont encore loin d'être épongés, et que le chômage atteindra des sommets dans les années qui viennent, le gouvernement n'a pas trouvé mieux que de venir alourdir le fardeau avec cette contre-réforme des retraites.

Enfin, ultime rideau de fumée, le gouvernement fait semblant de toucher aux hauts revenus et aux revenus du capital, en annonçant 1% les prélèvements sur la dernière tranche de l'impôt sur le revenu ou sur les dividendes et plus-values. Mais il refuse toujours de toucher au bouclier fiscal ou de supprimer les cadeaux fiscaux au patronat qui grèvent le financement des retraites. Que l'on se rassure : les sommes détournées au profit des capitalistes grâce au reste de la réforme épongeront largement ces minuscules hausses de prélèvements.

Alternative Libertaire revendique le retrait de cette contre-réforme et le financement des retraites en prenant sur les revenus des capitalistes. Pour cela un mouvement social d'ampleur sera nécessaire à la rentrée, où une grève générale reconductible devra être construite pour permettre la victoire. L'unité à la base des travailleurs et des travailleuses est plus que jamais nécessaire pour réaliser cet objectif.

Alternative Libertaire, le 18 juin 2010

Réunion publique